Notre jeune homme avait eu plus de peur que de mal; à quelques contusions près, il ne lui était rien arrivé de fâcheux. Cependant, interrogé sur la cause de sa chute, il apprend à Mullern ce qui lui est arrivé; Mullern, furieux de ce qu'on ait osé tendre un piège à son élève, jure que s'il vient à découvrir le drôle qui a fait ce coup-là, il lui ôtera l'envie de recommencer. Tous les domestiques protestent de leur innocence; et l'on rentre au château, en s'entretenant de cet événement.

Mais une autre surprise y était préparée: du bas de l'escalier, Mullern entend des cris confus partir de la pièce où ils ont dîné; il monte quatre à quatre, et trouve M. Bettemann se débattant sous la table entre les bouteilles, les plats, et faisant tous ses efforts pour retirer sa tête d'un vase à punch. Il en vint enfin à bout avec le secours de Mullern, en consentant toutefois à laisser sa perruque dans l'eau-de-vie brûlée. Enfin, le calme étant un peu rétabli au château, chacun se sépara pour aller se coucher.

Henri, corrigé par sa chute de cheval, fut quelque temps un peu plus paisible, et se contentait de galoper dans la cour. Le jardinier se félicitait du succès de son stratagème, et voyait avec ravissement ses légumes croître en liberté.

Cependant l'effet de la chute se dissipa peu à peu, et Henri commença à s'ennuyer du cercle étroit de son manége. Enfin ses contusions étant guéries, il reprit le chemin du jardin, et recommença à faire donner au diable le pauvre jardinier. Mullern, qui n'avait pas oublié le tour des pétards, et brûlait du désir d'en connaître l'auteur, ne tarda pas à concevoir de violents soupçons sur le jardinier, dont les plaintes réitérées faisaient assez voir le dépit. Il résolut donc d'épier notre homme et de tâcher d'acquérir la certitude de ce qu'il soupçonnait; l'occasion ne tarda pas à se présenter.

Le jardinier, impatienté de voir que ses remontrances étaient sans effet, résolut de renouveler son expérience, pour dégoûter tout à fait le jeune Henri de ses courses à cheval; et, pour que cette fois l'envie ne lui prît pas de recommencer, il pensa qu'il ne ferait pas mal de tripler la dose, afin que la détonation fût plus efficace.

Mais comment faire? Le peu de poudre qu'il avait pu se procurer dans le château avait été brûlé à la première explosion. Après y avoir bien réfléchi, il pensa que Mullern devait en avoir chez lui une quantité plus que suffisante pour mettre son projet à exécution, et résolut de profiter d'un moment où il s'absenterait pour prendre ce qu'il lui en fallait.

Effectivement, Mullern ne tarda pas à descendre; il aperçut notre homme rôdant autour du château. Il feignit de s'éloigner sans se douter de rien; mais après avoir fait quelques pas, il revint doucement derrière le jardinier. Ce dernier entra dans la chambre, ne soupçonnant pas qu'il était suivi, il prit la poudre qu'il crut nécessaire, et regagna bien vite le jardin, en riant dans sa barbe du nouveau tour qu'il allait jouer à l'élève de notre hussard.

Mais Mullern avait tout vu!... et, ayant acquis la preuve convaincante du complot du jardinier, se promit d'en tirer une vengeance éclatante: après avoir bien médité son plan, il laissa le jardinier préparer tout pour rendre son explosion plus bruyante, et attendit avec impatience l'instant fixé pour l'exécution de son projet.

Il arriva enfin ce moment si désiré par Mullern et par le jardinier. Ce dernier, après avoir bien préparé son artifice, va se tapir dans le buisson d'où il doit mettre le feu à la mèche. Il n'attend pas longtemps: le galop d'un cheval se fait entendre... il approche... Aussitôt il met le feu à la traînée de poudre... Mais, ô surprise! ô désespoir!... il saute lui-même loin de son buisson, enlevé par la force de la poudre, et retombe sur le gazon en poussant des cris aigus.

On se doute bien que c'était Mullern qui avait coupé la traînée de poudre par une autre traînée qui aboutissait au buisson où le jardinier était caché, et qu'il avait garni de poudre de manière à lui ôter l'envie de faire sauter les autres.