«Puisque nous sommes dedans, dit le colonel, tâchons au moins de nous conduire avec circonspection.—C'est cela, mon colonel, donnez le bras à ce maladroit postillon, qui est cause de notre mésaventure, et je vais marcher devant vous, afin de vous prévenir en cas d'accident.»

Nos voyageurs se mirent en marche à tâtons, car l'obscurité était si grande qu'on ne pouvait pas distinguer à côté de soi. Déjà ils avaient parcouru plusieurs pièces sans rien découvrir, et Mullern, impatienté, commençait à jurer entre ses dents, lorsque quelque chose passa devant eux, et s'enfuit légèrement à leur approche. Mullern, intrigué, court sans s'arrêter après ce qui fuit devant lui, mais ses pieds s'embarrassent en rencontrant un tabouret: il perd l'équilibre, et tombe la tête dans un baquet plein d'eau. Furieux, il se relève, ouvre une porte, croit marcher de plain pied, et roule du haut en bas d'un escalier, en entraînant dans sa chute un malheureux chat, cause innocente de tout ce tapage.

Cependant, quoique très-étourdi par sa descente rapide, Mullern se relève et procède cette fois avec plus de prudence à l'examen du lieu où il est.

La fraîcheur de l'endroit, et diverses bouteilles qu'il rencontre sous sa main, ne tardent pas à le convaincre qu'il est tombé dans la cave. Rassuré par cette découverte, il cherche l'escalier par où il est descendu si rapidement, et veut remonter, afin d'annoncer ses succès à son colonel; mais, pour la troisième fois, ses pieds s'embarrassent dans quelque chose; il tombe le visage sur le nez d'un individu qui dormait tranquillement, et qui pousse un cri terrible en se sentant réveillé si brusquement.

CHAPITRE II.
LES COMTES DE FRAMBERG.

Avant de tirer Mullern de la surprise que lui a causée sa nouvelle rencontre, il est nécessaire d'apprendre au lecteur quel était le colonel Framberg, et de lui faire connaître le motif de son voyage.

Le comte Hermann de Framberg, père du colonel, descendait d'une ancienne famille d'Allemagne; de père en fils, les Framberg avaient passé leur jeunesse à servir leur patrie, et le comte Hermann, après avoir recueilli au champ d'honneur les lauriers de la gloire, s'était retiré dans le domaine de ses aïeux; et là, auprès d'une épouse chérie, il attendait avec impatience que la naissance de l'enfant qu'elle portait dans son sein vînt mettre le comble à sa félicité.

Ce moment arriva; mais ce jour d'allégresse se changea en un jour de deuil et d'affliction: la comtesse perdit la vie en mettant au monde un fils.

Le comte ne se consola jamais entièrement de cette perte; mais, comme le temps adoucit les peines les plus cuisantes, il se rappela qu'il avait un fils, et se livra avec ardeur aux soins de son éducation.

Elle ressembla à celle de ses aïeux. Le jeune Framberg apprit de bonne heure les exercices militaires; son père vit avec joie ses heureuses dispositions, et, à l'âge de quinze ans, le jeune homme lui demanda la permission de partir pour l'armée.