»—Et il ne parle pas de mes pantalons! murmure Dufour: c'est bien singulier!... Ma portière les aurait-elle égarés!...»

Cette lettre ne ramène pas la gaieté à Bréville. M. de Noirmont s'inquiète de l'avenir de son beau-frère. Ernestine, au chagrin que lui donne la conduite d'Armand, sent se joindre l'ennui que lui cause l'absence de Victor; elle craint que cette absence ne se prolonge beaucoup. Quant à Dufour, il est fort inquiet de ses pantalons. C'est donc avec autant d'étonnement que de joie qu'un matin, six jours après sa lettre, on voit arriver Victor.

On va au-devant de lui, on l'entoure.

«Vous revenez seul? dit Ernestine.

»—Oui, madame,» répond Dalmer en baissant tristement les yeux. «D'après ma lettre, sans doute, on ne m'attendait pas si tôt; mais, il y a trois jours, j'ai eu occasion de revoir M. de Bréville; j'ai pu me convaincre alors que tous mes efforts près de lui seraient désormais inutiles... et je suis parti.

»—Je vous comprends, mon cher monsieur Dalmer,» dit M. de Noirmont en serrant la main du jeune homme; «je ne vous sais pas moins bon gré de ce que vous avez fait. Armand continue ses folies, n'est-ce pas?... et l'argent qu'il a reçu va encore aller se perdre dans les jolies sociétés qu'il préfère à la nôtre!...»

Victor incline la tête sans répondre.

«Et... et mes... et M. Saint-Elme?» dit Dufour, qui n'a pas osé lâcher le mot qu'il avait sur le bout de la langue en voyant l'air sérieux de son ami.

«—Je n'ai vu M. Saint-Elme qu'une fois; il a eu l'air d'appuyer mes avis; m'a juré qu'il engageait chaque jour Armand à revenir près de sa sœur. Je n'ai pas été dupe de ces mensonges, et j'ai laissé voir à ce monsieur ce que je pensais de sa conduite; mais cet homme a un front extraordinaire! Quand on lui dit les choses les plus désagréables, il redouble ses assurances de dévouement, ses protestations d'amitié. C'est bien de ces gens que l'on met à la porte et qui rentrent par la fenêtre!»

En entrant dans le salon, Victor cherche des yeux Madeleine; mais il n'ose prononcer son nom. Il trouve enfin le moment de s'approcher d'Ernestine et s'empresse de s'informer de la jeune fille. Ernestine lui apprend ce qui s'est passé. Victor est désolé, car il sent bien qu'il est le premier auteur de tous ces événemens. Il se promet de se rendre bientôt à la maisonnette du garde.