»—M. de Noirmont, reprend le comte, je ne sais si je dois consentir... rien ne prouve que cette jeune fille soit coupable...—Tout me le prouve, à moi. Si elle est innocente, elle se justifiera... On retrouvera vos billets. Sortons et fermons les portes de cette maison, afin que personne ne puisse y entrer. Nous en donnerons la clé à mademoiselle, qui la remettra elle-même au garde.... M. Dufour, vous aurez la complaisance de rester près de cette maison pour attendre le retour de Jacques; vous lui direz ce que je me suis permis de faire et le prierez de venir sur-le-champ à Bréville.... Venez, mademoiselle.......—Ah! monsieur, ne craignez pas que je fasse aucune résistance... je vous suivrai... je ne chercherai point à me sauver!»

Malgré la répugnance du comte, on fait ce que veut M. de Noirmont. On sort de la maison, dont on ferme avec soin la porte; on donne les clés à Madeleine, Dufour reste pour prévenir Jacques. La jeune fille marche en tremblant entre M. de Noirmont et M. de Tergenne; mais celui-ci a pitié de sa souffrance, et il la force à prendre son bras en lui disant: «Soutenez-vous sur moi, et ne tremblez pas ainsi... Si vous êtes innocente, vous ne devez rien craindre, et si vous êtes coupable j'empêcherai que vous soyez punie.»

On arrive à Bréville. Madeleine ne pleure plus, elle semble avoir retrouvé son courage; on la fait entrer dans le salon du rez-de-chaussée, où Armand, qui a repris ses sens, est encore, ainsi que les dames et Victor.

En apercevant la jeune fille, Ernestine s'avance pour l'embrasser; M. de Noirmont arrête sa femme, en lui disant: «De grâce, madame, suspendez vos témoignages d'amitié... vous saurez bientôt si mademoiselle les mérite...... M. le comte n'a pas retrouvé la somme qu'il a laissée chez Jacques..... Madeleine seule peut avoir trouvé cet argent... le fait est incontestable... mais elle ne veut pas l'avouer...

»—Ah! monsieur... que dites-vous! Madeleine coupable d'une bassesse!... Non, je connais la grandeur de son ame... elle est innocente... et je serai toujours son amie.»

En disant ces mots, Ernestine s'élance vers la jeune fille, elle la presse dans ses bras, l'embrasse tendrement. Victor s'est aussi approché de Madeleine; il prend une de ses mains qu'il serre dans les siennes, en disant: «Et moi aussi, je suis sûr qu'elle n'est pas coupable, et je serai son défenseur.»

Madeleine ne répond rien aux témoignages d'amitié de ses amis; elle n'est occupée que d'Armand qu'elle a aperçu dans le fond du salon, et dont le morne abattement contraste avec l'agitation de toutes les autres personnes.

«Madame,» dit le comte en s'adressant à Ernestine, «je n'accuse point cette jeune fille;... j'ai cédé aux désirs de monsieur votre époux en l'amenant ici,...... mais j'espère que tout s'éclaircira.

»—Moi! monsieur le comte, reprend M. de Noirmont, je ne me laisse ni convaincre, ni aveugler par l'enthousiasme de l'amitié; les faits parlent: si mademoiselle n'a pas pris vos billets, elle a dû voir entrer le voleur. Avez-vous vu quelqu'un?... dites-le, alors on cherchera, on s'informera...

»—Non,... oh! non, monsieur, je n'ai vu personne!...» répond Madeleine en détournant ses yeux qui étaient fixés sur Armand.