«—Rien: rien, madame,» dit Victor en riant, «je suis fâché de vous avoir effrayée,... mais je m'endormais comme vous, et j'ai manqué de disparaître sous la table... Il me semble que pour dormir nous serons tous mieux dans notre lit... Allons, viens-tu, Dufour?... est-ce que tu n'as pas encore fini de souper?...—Tu es bien pressé, tu ne me laisses pas le temps de manger à mon aise...—A ton aise, mon cher, reste à table si tu veux; moi, je vais prendre du repos. M. Grandpierre, veuillez me faire indiquer notre chambre.»

Victor se lève, Dufour en fait autant en murmurant. Madeleine s'est empressée d'allumer une autre lampe; elle se dispose à conduire les voyageurs, mais Grandpierre l'arrête et lui prend la lumière des mains en disant: «Reste,... je veux moi-même avoir l'honneur de conduire ces messieurs.»

La jeune fille obéit; pourtant elle semble ne le faire qu'à regret. Dufour en fait la remarque, et pousse un profond soupir en suivant son ami.

«Bonne nuit, messieurs,» dit Jacques en saluant les voyageurs avec un air moqueur; «je n'aurai peut-être pas l'honneur de vous revoir,... mais je pense que demain vous n'aurez plus besoin de moi pour trouver le chemin de Bréville!—Je l'espère,» dit Victor. Dufour ne répond rien; il jette encore un regard sur Madeleine. La petite a en ce moment les yeux attachés sur lui et sur Victor avec une expression indéfinissable. Les deux amis suivent leur hôte qui monte l'escalier, et la jeune fille les accompagne des yeux tant qu'elle peut les voir.

Maître Grandpierre marche le premier dans un petit couloir étroit qui aboutit à un autre escalier, lequel donne sur une espèce de palier; là, le maître de la maison entre dans un corridor en disant: «Par ici, messieurs.

»—Où diable va-t-il donc nous reléguer? dit Dufour; cette maison est bien grande pour un cabaret... Comme ce plancher craque sous nos pieds;.... il semble que l'on marche sur des trappes...»

Grandpierre s'arrête, ouvre une porte, et fait entrer les voyageurs dans une chambre assez vaste où l'on a dressé deux lits.

«Voilà votre chambre, messieurs; j'espère qu'ici vous dormirez sans vous éveiller.

»—C'est bien ce que je compte faire, dit Victor.

»—Moi, j'ai le sommeil très-léger, dit Dufour, et je m'éveille à chaque instant dans la nuit;... mais j'ai un livre dans ma poche et je pourrai m'amuser à lire.