Et Dufour, prenant le vase de nuit, le met dans la ruelle de son lit, entre la paillasse et le matelas. Après avoir pris toutes ces précautions, l'artiste se recouche. Il a d'abord le projet de rester éveillé; mais ne pouvant long-temps combattre le sommeil, il prend le parti de s'en remettre à la Providence du soin d'écarter les dangers qui l'environnent, et la Providence l'endort... C'est ordinairement ce qu'elle fait de mieux pour le bonheur des humains.

FIN DU PREMIER VOLUME.


MADELEINE.

TOME DEUXIÈME.

CHAPITRE PREMIER.

Le Réveil.

Le soleil éclairait la chambre où étaient couchés les deux amis lorsque Dufour ouvrit les yeux.

Le peintre ne se rappelle d'abord que confusément les événements de la veille; cependant, petit à petit, la mémoire lui revient. Dufour, tout étonné de se retrouver vivant, regarde timidement autour de lui; il aperçoit Victor qui dort encore. Leurs habits sont toujours auprès d'eux: rien n'a été dérangé dans la chambre, qui, éclairée par le soleil, paraît toute autre à notre voyageur. Elle n'a plus cet aspect sombre et mystérieux qui, la veille, lui avait tant déplu. C'est une pièce vaste, carrée, le petit papier à fleurs qui lui sert de tenture est d'une couleur gaie, et à travers les vitres de la fenêtre on aperçoit les arbres du bois, dont le feuillage, rafraîchi par l'orage de la veille, brille des plus vives couleurs.

Dufour se frotte les yeux; il se sent tout radieux, tout dispos; il glisse sa main sous son traversin, et, en sentant sa montre, il ne peut s'empêcher de rire de ses craintes de la veille. Il regarde l'heure et s'écrie: «Huit heures!.... huit heures passées!..... J'espère que nous avons bien dormi!..... Ho! hé!.... Victor!... Allons donc, paresseux... il est huit heures!... Est-ce que tu ne vas pas te lever?...