On entre dans le cabaret, où, heureusement pour la société, il ne se trouve alors aucun buveur. La famille Grandpierre se confond en politesses, ne sachant comment recevoir une si belle société. Ernestine leur apprend le sujet de sa visite.

«Nous vous enlevons Madeleine,» dit-elle aux paysans; «elle vient, ainsi que nous, vous remercier de tout ce que vous avez fait pour elle, mais elle a retrouvé ses amis d'enfance. Ceux que madame de Bréville nommait ses enfants étaient loin de se douter que leur jeune compagne habitait dans ce bois. J'espère remplir les intentions de celle que j'aimais comme ma mère, en ne me séparant plus de Madeleine.»

Grandpierre félicite la jeune fille sur le changement qui arrive dans sa situation, il l'embrasse tendrement en lui disant: «Ça me fait de la peine de te perdre, mon enfant, et pourtant j'en suis bien aise pour toi; car, comme disait Jacques, tu n'étais pas à ta place chez nous... Cette éducation que tu avais reçue jusqu'à onze ans,... il t'en restait toujours queuque chose, et ça me gênait pour te demander du vin.

»—Oui, oui, dit la vieille Jacqueline, Madeleine sera mieux ailleurs que chez nous... Elle ne répondait jamais quand je la grondais... et cela me causait de l'humeur... j'aime qu'on me réponde, moi;... ça me donne occasion de crier.»

Le grand Babolein ne dit rien. Aux premiers mots prononcés par madame de Noirmont, il a été s'asseoir dans un coin en tournant le dos à la société; mais quand Madeleine s'approche pour lui dire adieu, il se met à pleurer comme un veau en se cognant la tête contre le mur.

«Consolez-vous, Babolein, dit Madeleine; vous êtes trop bon de pleurer mon départ; je ne vais pas loin, et je vous verrai encore quelquefois.

»—Oh! ce n'est pas la peine, mamzelle,» répond le grand garçon en sanglotant; «puisque vous nous quittez, il vaut autant ne pas revenir; mais je sais bien que je ne me consolerai pas!...»

Pour mettre trève à l'attendrissement qui semble gagner la famille, Dufour s'empresse de crier: «Eh bien! madame Grandpierre, quelques-uns de vos amis ont-ils vu votre portrait?... on a dû être content?

»—Ah! oui! dit Grandpierre, ceux qui l'ont vu ont trouvé ça joliment tourné; mais ils ont tous pris le portrait de ma femme pour celui de M. le curé.

»—Prodiguez donc votre talent pour des rustres! dit Dufour à demi-voix, c'est jeter des perles à... des ânes!