On ne répond rien à cela, parce qu'on craint que la julienne n'amène d'autres détails que l'on préfère ne pas entendre. Mais, au moment de partir, Chéri dit à Ernestine: «La soirée est superbe;... après une journée de chaleur, voilà le beau moment de la promenade. Vous devriez, madame, nous reconduire un peu.»
Victor appuie cette proposition, et, comme Ernestine pense que Dufour sera de la partie, elle accepte, et met à la hâte un chapeau, tandis que madame Montrésor prend son mari dans un coin, et lui dit: «Est-ce que vous ne pouvez plus vous passer de madame de Noirmont maintenant. Ce n'est pas assez de venir ici, il faut qu'elle vous reconduise.... Chéri, si cela continue, je ne viendrai plus dans cette maison... J'y attrape des vapeurs et j'y perds mon argent;... ça ne m'amuse pas du tout.... Donnez-moi donc le bras...—Mais nous sommes encore dans le salon....—Donnez-moi toujours le bras... et pas tant de raison!»
Ernestine a mis son chapeau, on part; mais, au lieu de suivre la société, Dufour prend sa chandelle et se dispose à monter dans sa chambre.
«Quoi! monsieur Dufour, vous ne venez pas avec nous?» dit Ernestine avec vivacité.—«Non, madame, je suis fatigué. Ce portrait m'a beaucoup donné de mal.... Je vais me coucher....—Comment!... déjà?...—Je présente mes salutations à la compagnie.»
Et Dufour monte chez lui. Il a encore sur le cœur le nez trop long, le bras trop court et toutes les observations que l'on a faites sur le portrait de M. de Noirmont.
«Eh bien! madame, nous nous passerons de Dufour, et je pense qu'un cavalier peut vous suffire dans un si court trajet,» dit Victor en présentant son bras à Ernestine.
Madame de Noirmont sent bien que son refus maintenant semblerait ridicule, ou pourrait donner lieu à de singulières conjectures. Elle accepte donc, et prend en tremblant ce bras qu'on lui offre avec tant de plaisir.
On est au mois de juillet, la soirée est superbe; la campagne offre, à dix heures du soir, une promenade délicieuse, bien préférable à celle de la journée.
M. Pomard donne le bras à sa sœur; ils marchent près d'Ernestine et de Victor, ensuite viennent les Montrésor et madame Bonnifoux avec sa boîte à loto.
«C'est un meurtre de se coucher si tôt par ce temps-là, dit mademoiselle Clara. Mon frère, si tu veux, nous irons faire un tour dans la plaine pour chercher des vers-luisans;... il doit y en avoir.