«Enfin, mademoiselle,» dit M. de Noirmont d'un ton sévère, «d'où venez-vous donc, et qu'avez-vous fait depuis ce matin que ma femme vous cherche partout?
»—Monsieur... je suis allée me promener,» répond Madeleine en baissant les yeux.
«—Vous promener... depuis ce matin! et vous n'avez pas pensé à rentrer pour dîner!...
»—Je n'avais pas faim, monsieur.
»—Ça me paraît un peu louche,» dit Dufour à mademoiselle Clara. «Elle n'a pas eu faim; ce n'est pas naturel.
»—C'est ce que je pensais,» murmure M. Pomard.
«—Il est certain, dit madame Montrésor, que la conduite de cette jeune personne me paraît au moins singulière... N'est-ce pas, Chéri?—Quoi?—Que la conduite de cette jeune fille est singulière?—Oh! oui!...—Oh! oui! quoi!... heim?... Quelle jolie manière de me répondre vous avez contractée maintenant... Je ne sais pas qui vous voyez pour prendre de telles habitudes! vous changez beaucoup, Chéri, et ce n'est pas à votre avantage!...»
Pendant que Sophie gronde son mari, madame de Noirmont serre avec amitié la main de Madeleine en lui disant: «Tu as donc été promener bien loin?... et tu ne pensais pas que ton absence m'inquièterait. C'est mal, cela, Madeleine; tu sais bien que je ne suis plus habituée à être une journée sans te voir...—Ah! vous êtes trop bonne, madame.—Non, je t'aime, et voilà tout.
»—Et de quel côté aviez-vous donc porté vos pas?» répond M. de Noirmont.
»—Monsieur,... j'étais au bout de la plaine,... sous le vieux chêne... là-bas...