Le spectacle terminé, Cicio et le muletier se retirèrent dans le coin de la place de l'Eléphant, où se tiennent les loueurs de mules et de litières.

—Il faut quitter ce pays, dit le vieux Trajan.

—Qu'est-il donc arrivé?

—Le voici: après ta fuite, l'ordinateur a envoyé ton dossier à l'intendance. Un ordre de t'arrêter a dû partir ce matin par l'ordinario: il sera tout-à-l'heure à Catane, et ce soir les gendarmes se mettront à ta poursuite.

—Malheur à moi! s'écria Cicio; et que leur ai-je donc fait?

—Tu vas le savoir. On parle à Syracuse de la fille d'un notaire que tu as rendue demi-folle. Son amour a passé. Elle veut se marier avec un autre, et, pour se défaire de toi, elle t'accuse de lui avoir volé une épingle d'argent.

—Impossible! dit Cicio en pâlissant. Que le notaire ait inventé cette calomnie; je le conçois; mais Angélica n'a point prêté les mains à cette injustice. Elle m'aime; elle me le répétait encore, il y a huit jours, sur le toit de sa maison.

—La demi-folie amoureuse peut se guérir en huit jours.

—Mais si Cangia ne m'aime plus, au moins ne doit-elle pas m'accuser d'une bassesse. C'est elle qui m'a donné son épingle d'argent et sa ceinture verte.

—Amour, changement, trahison, trois anneaux d'une seule chaîne, dit le muletier d'un ton solennel.