—A-t-il dit si l'on pouvait mettre dans la lettiga, sans en être incommodé, deux parapluies et deux cannes-fauteuils.
—Il n'a rien dit sur les parapluies et les cannes-fauteuils.
—Alors je ne pars point.
—Ni moi non plus.
Les deux Anglais recommencèrent paisiblement l'un à fumer son cigare et l'autre à se curer les ongles. Don Trajan, avec cette patience infatigable que donne la fourberie, demeura immobile et le chapeau à la main en face des deux étrangers. Tout à coup son regard de lynx perça les écorces imperméables et saisit au vol la pensée qui se traînait comme une tortue dans ces cervelles glacées. Sans faire un mouvement, le vieux muletier dit à voix basse à la jeune fille:
—En route! je vois dans leurs yeux que nous allons partir.
En effet, l'Anglais qui fumait son cigare appela celui qui se curait les ongles, et lui dit:
—On pourrait demander à cet homme s'il sait faire le thé, et s'il y a de la place dans la lettiga pour les deux parapluies et les deux cannes-fauteuils.
Le second Anglais traduisit comme il put en italien cette importante question:
«Altro! s'écria Trajan, je sais faire le thé, le café, le chocolat, la soupe, l'omelette et le riz aux piselli mieux que le cuisinier du Saint-Père. Quant aux cannes et ombrelles, je vous prouverai qu'il en peut tenir trois douzaines dans ma lettiga sans qu'il y paraisse.»