—Pourquoi, lui dit-il en italien, avez-vous donné une place dans cette lettiga?

—Regardez donc, répondit Trajan, les beaux yeux de cette jeunesse, et dites un peu si vous n'êtes pas fortuné de voyager dans cette compagnie-là?

—Il n'y a ni beaux yeux ni jeune fille qui tienne, reprit l'Anglais; nous avons payé, il nous faut la lettiga entière.

—Signor, répliqua Trajan, ne vous fâchez pas; j'ai voulu prouver à vos Excellences qu'il y avait de la place pour bien autre chose que deux parapluies et deux cannes-fauteuils.

—Vous êtes un insolent et un fourbe, s'écria l'Anglais. Nous avons payé, faites descendre cette personne.

—Comme il vous plaira, signor, dit Trajan; mais je vous avertis que cette jeune fille nous est nécessaire. Vous vous êtes décidés à partir trop tard pour arriver aujourd'hui à Catane. Nous serons obligés de passer la nuit dans un village, ou au Fondaco della Palma, espèce de grange où l'on ne trouve pas de vivres. J'achèterai des volailles et d'autres provisions en route. La petite fille plumera les poulets, dressera le couvert, tandis que j'allumerai le feu. Elle sera mon aide de cuisine; elle changera les assiettes et vous servira le thé, car je ne pourrais tout faire à la fois; si nous la laissons à Syracuse, vous attendrez le dîner pendant une heure ou deux, et les plats ne suivront pas sans de longs intervalles. Si vous arrachez un bouton de votre gilet ou si vos bretelles viennent à se rompre, la petite a du fil et des aiguilles pour raccommoder la chose. Une femme est utile en voyage, et je sais bien ce que je fais.

—Je crois que cet homme a raison, dit sir William.

—Sans nul doute, reprit Trajan. Votre seigneurie aime-t-elle la ricotta, ce fromage blanc si estimé dont tous les étrangers se régalent en Sicile?

—J'aime beaucoup la ricotta.

—Eh bien, cette jeune fille sait la faire admirablement; et dans les montagnes, où nous aurons du lait excellent, elle vous préparera des fromages à vous lécher les doigts.