Nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici la communication de l’auteur.

«Lorsqu’un botaniste rencontre une plante phanérogame, il peut en général déterminer aisément l’espèce à laquelle elle appartient. Il lui suffit pour cela de consulter certaines flores spéciales; une clef dichotomique, dont le jeu repose sur des caractères précis et faciles à constater, le conduit facilement à la famille, de là au genre, puis à l’espèce. La lecture d’une description un peu détaillée de l’espèce à laquelle il est ainsi parvenu, et au besoin de quelques espèces voisines, achève de porter la conviction dans son esprit.

Si pourtant il lui reste encore des doutes, il peut dessécher l’échantillon qu’il a trouvé, le conserver et plus tard, quand l’occasion s’en présente, le comparer soit à un échantillon-type de l’espèce soupçonnée, soit à des échantillons d’espèces avec lesquelles la confusion est possible.

La détermination des plantes cryptogames et en particulier des Champignons présente plus de difficultés. Il n’existe pas à cet égard de clef dichotomique satisfaisante, par cette raison que les caractères sont peu tranchés et quelquefois insaisissables pour certaines personnes. Telle Russule, par exemple, diffère d’une Russule voisine par une saveur qui lui est propre. Tel autre Champignon exhale une odeur particulière. Mais on n’ignore pas qu’il faut une grande habitude pour apprécier l’odeur et la saveur et qu’il existe nombre de botanistes qui restent toute leur vie inhabiles à percevoir ces caractères organoleptiques.

Si encore on pouvait conserver avec leurs caractères les échantillons qu’on récolte et dont la détermination est douteuse? Mais il n’y faut pas songer. On a essayé des liquides conservateurs de compositions diverses; ceux-ci détruisent en quelques semaines les plus brillantes couleurs! On a eu recours à la dessiccation? Le procédé a réussi pour quelques espèces, mais pour la plupart il n’a donné que des spécimens déformés, ratatinés, noircis ou décolorés!

On a remédié aux premiers de ces inconvénients en ajoutant des planches aux descriptions. Tous les mycologues connaissent les planches de Bulliard qui sont consultées depuis un siècle et qu’on n’a pas surpassées. Il n’est pas douteux que la possession de bonnes planches facilite singulièrement la détermination des espèces; mais les bonnes planches coûtent cher et les mycologues ne sont pas tous riches. Le moyen n’est donc pas à la portée de tout le monde.

On conseille d’autre part de dessiner avec soin les espèces qu’on récolte: le dessin aide à l’observation, car il oblige à remarquer tous les caractères. On fait d’ailleurs ainsi une sorte d’herbier dont la conservation est indéfinie et à l’aide duquel on peut effectuer des comparaisons. Malheureusement on ne dessine pas toujours bien, on ne dessine même pas toujours. Il faut en outre beaucoup de temps pour faire un bon dessin. Il y a des Champignons comme des Amanites qu’il est important d’avoir à plusieurs âges et dans plusieurs positions. Le bénéfice que l’on retire de son travail ne répond nullement à la peine qu’on s’est donnée.

En réalité, il semble que tous les efforts doivent converger vers la recherche d’un procédé accessible à tous, qui puisse fournir rapidement une représentation fidèle d’une espèce sous tous ses aspects. J’avais remarqué à l’Exposition d’Horticulture de 1885 des photographies en grandeur naturelle de plantes fleuries. Ces photographies étaient coloriées et donnaient une idée très exacte des plantes qu’elles représentaient et qui se trouvaient du reste exposées à peu de distance. Je pensai dès lors qu’il y aurait peut-être intérêt à utiliser la photographie pour la représentation des Champignons. J’ai fait dans ce sens un assez grand nombre d’essais et il me paraît que cet art aujourd’hui si répandu résout dans une certaine mesure le problème que je viens de poser.