Mais moi, je ne l'entendais pas ainsi le moins du monde. Beaucoup de gens sont heureux de s'épancher, je le sais bien; je ne suis pas d'entre eux. J'avais vécu solitaire. Mon amour se suffisait à lui-même et je n'avais pas besoin de confident.
«Je n'aime pas,» répondis-je.
Il se répandit une telle expression de joie sur son visage que j'eus regret d'avoir ainsi parlé.
«Tu as bon cœur et tu es incapable de mentir!» murmura-t-elle.
Puis elle s'écria:
«Je suis guérie! Je te prends ta journée.... tout entière, entends-tu? et ta soirée! si tu refuses, je verrai bien que tu n'as pas dit la vérité.»
Je ne refusai pas.
«Sais-tu ce que nous allons faire ce soir! me demanda-t-elle gaiement. Mon mari a monté en grade; il protége le drame, nous irons voir Mlle Léa Mouton, jeune premier rôle de l'Ambigu-Comique.»
Nous allâmes voir Mlle Léa Mouton, qui était une belle brune, allaitée au théâtre Chantereine, prononçant les rrrrr à la façon de la bonne école, et disant: Merci, mon Dieu! comme un séraphin. Le regard de celle-là promettait qu'elle ne refuserait jamais aucun mobilier. C'était ici comme là-bas, exactement. Laroche, en habit noir, trônait aux stalles d'orchestre, et le président se cachait dans une baignoire d'avant-scène. On lança des fleurs à Mlle Léa Mouton; quand on la rappela, selon le rite, Laroche se leva pour l'applaudir galamment.
Nous sortîmes après le troisième acte: ma cousine était de mauvaise humeur tout à fait. Elle me dit que Léa Mouton était marquée de la petite vérole.