Je le crus, tant j'avais peur de ma misère. Je l'espérai, tant j'étais furieusement l'ennemi d'Annette perdue pour moi.
Elle s'assit sur la chaise où naguère était M. Laïs. La petite lampe posée sur la table de toilette l'éclairait par derrière et jouait dans les masses admirablement soyeuses de ses cheveux. Je voyais ressortir en lumière le profil de sa joue et le pur contour de son cou, tandis que ses yeux, demi-perdus dans l'ombre, rayonnaient la douce lueur de ses prunelles. Où était la mascarade? Par où s'épanouissait le ridicule du costume? Il n'y avait là qu'une chère jeune fille à la pose digne et à la fois familière, une enfant gracieuse et modeste, un délice de candeur et de noblesse: la plus jolie, la plus belle, la plus suave des vierges.
C'est à peine si mes projets de révolte eurent le temps de naître.
Annette me fit signe de prendre place. J'obéis. J'attendais sa première question avec une véritable angoisse.
«Je ne sais pas par où commencer, me dit-elle enfin. Il faut être franc avec moi, monsieur René. Est-ce que vous me trouvez du talent?
—Mademoiselle....balbutiai-je littéralement abasourdi.
—Non, n'est-ce pas? m'interrompit-elle. Ni moi non plus. Ce n'est pas du tout de cela que je voulais vous parler. J'avais bien des choses à vous dire. Attendez!»
Son doigt mignon toucha son front entre ses deux yeux. Je ne crois pas l'avoir vue si jolie.
«Nous y voilà! s'écria-t-elle. Vous étiez déjà venu auparavant?
—Auparavant?.... répétai-je, car mon cerveau était plein d'imbécile engourdissement.