Ave Maria,
L'Angelus les endormira.
«Je voudrais voir la mer,» murmura-t-elle.
Je lui racontai la mer, vaste et sereine comme le ciel.
C'est là, sur la côte, à l'abri des derniers arbres, que nous bâtîmes la maison de notre bonheur. Il y avait un champ de blé qu'une vieille haie d'aubépine aux troncs bossus protégeait contre le vent du large. Devant le champ de blé, c'était la lande qui allait s'affaissant jusqu'aux sables où commençait la prairie marine, avec ses herbes bleues qui sentent le sel. La dune faisait à cet horizon une bordure d'or, au delà de laquelle brillait l'Océan, glorieuse ceinture de la terre.
Les fenêtres de notre maison regardaient en face l'Océan. Son mur blanc servait de phare aux mariniers qui la voyaient au loin, qui la connaissaient, qui l'aimaient.
Par derrière, il y avait un jardin, le verger, puis la forêt, autre immensité.
J'ai ouï dire: C'est triste! Bonté de Dieu! L'amour entre la mer et les bois!
Mais oui, c'est triste comme toute grandeur, triste comme la suprême félicité.
Il n'y a là ni petites gaietés, ni grimaçants éclats de rire. Il n'y faut point exiler celles qui soupent à la Maison d'Or, ni celles qui rêvent le long des rives du lac, au bois de Boulogne, privées comme les canards de ces ondes domestiques. Elles y mourraient peut-être si elles y vivaient, leurs piaulements insulteraient au silence et leurs bons mots, extraits de Déjazet, offenseraient la solitude.