Cette lettre me chagrina beaucoup. J'avais une véritable et sincère affection pour ma tante Renotte. Mais ce qui me frappa surtout dans son contenu, ce fut cette mention: Mon oncle Bélébon l'avait précédée chez la Poule Noire. Il y a huit grandes lieues de Vannes à Landevan, et l'oncle Bélébon ne se mettait jamais en route sans avoir de bonnes raisons pour cela.
En ce moment, j'eus vaguement conscience d'une conspiration qui m'enveloppait.
Je rompis un autre cachet.
«Mon drôle, votre bon père voit bien désormais qu'il est inutile de vous prendre par la douceur. Toute la famille est indignée de votre impertinent silence. On vous somme de quitter Paris à l'instant même. Essayez de résister, il vous en cuira.
»Pour mon grand-père, qui a la goutte.
»VINCENT DE BÉLÉBON.»
Je regardai la date de cette épître. Elle était de quinze jours plus récente que les autres. La suivante, sur laquelle j'avais reconnu l'écriture élégante et indécise de l'abbé Raffroy, disait:
«Mon cher enfant,
»Il est bien étonnant que vous n'ayez pas répondu à vos bons parents. Seriez-vous malade? Votre excellente mère a fait prendre des informations chez Mme de Kervigné de Paris par Chauvelot, le marchand d'étoffes, qui est allé faire ses provisions d'hiver. Mme de Kervigné ignore votre adresse. Si vous êtes malade, faites écrire immédiatement. On vous aime dans votre famille, et vous avez à tout le moins un ami hors de votre famille. Personne ici n'a mérité le traitement que vous nous faites subir. Croyez-en les conseils de votre vieux confesseur: votre obstination double votre faute. Revenez, cher enfant, revenez bien vite et l'on tuera le veau gras à l'hôtel de la place des Lices.»