«Amusez-vous, mes enfants, disait mon père. C'est de votre âge. La Bretagne fut toujours renommée pour sa franche et cordiale gaieté. Nous ne sommes pas des Anglais! On va monter les glaces et le punch. Quand vous voudrez, nous souperons. Voilà Paris!
—Tu es un cœur, toi, ancien marquis!» applaudissait la poissonnière.
Et par-dessus les acclamations, on entendait la voix triomphante de Nougat qui criait:
Je ne sens pas mon estomac!»
Depuis longtemps, j'aurais pu m'esquiver, mais j'avais peur de mécontenter mon père et il me semblait que je gagnais auprès de lui quelque mérite, en subissant ce purgatoire. D'ailleurs, j'attendais toujours Gérard. A force d'hésiter, je me laissai prendre, comme je l'ai dit, par ma tante Bel-Œil, et la fuite devint impossible.
Ma tante Bel-Œil ne dansait pas et la gaudriole soulevait son cœur sensible, mais elle avait soif de théories sentimentales. Son aspect était un peu effrayant. Ses cheveux grisonnants s'ébouriffaient sous un bonnet terriblement couronné de fleurs des champs; sa longue figure se marbrait de tons livides et lilas; son grand zieu restait fixe et demesurément ouvert, tandis que son petit zieu exécutait des merveilles de gymnastique.
«Hélas! me dit-elle avec un soupir gastrique, voici donc Paris et les orgies sans frein de la Babylone moderne! Se peut-il que je m'y trouve compromise après tant d'années d'une existence virginale! J'en avais lu la description dans les Exilés de Heilbronn, ou à quoi sert la vertu? un livre charmant, quoique rempli de dangereuses peintures. As-tu été à la Chaumière?
—Non, ma tante répondis-je.
—Sois franc. Notre patrie a aussi des auteurs. Je connais les mœurs vives et dévergondées du pays latin. Je voudrais voir quelques grisettes de Paul de Kock avant de mourir!»
Elle me serra tout à coup le bras: