«Voici une affaire réglée, poursuivit-il, à moins que je ne reçoive, ce matin, une balle de pistolet dans la tête ou un coup d'épée au cœur.»
Sa voix avait baissé malgré lui; je lâchai sa main et je reculai.
«Ce matin, répétai-je. Et pourquoi?
—J'ai eu plusieurs duels en ma vie, répondit-il d'un accent rêveur. Je crois n'être ni un querelleur ni un fanfaron, mais il est certain que je ne me souviens point d'avoir éprouvé jamais une pareille tristesse au moment d'aller sur le terrain.
—Mais quels sont les motifs de ce duel, frère!
—Il y a trois ans, j'étais au 2e cuirassiers, chef d'escadron, sous le colonel Offroy d'Aubemas, un brave officier, mais de mœurs un peu rudes. Un jour, il me traita publiquement d'une façon qui me parut offensante, et publiquement aussi je lui dis:
«Colonel, il ne me faut plus que deux grades pour avoir le droit de vous payer mes dettes avec usure.
—Et si je passe général? me répliqua-t-il en riant.
—Ce sera trois grades, colonel.
—Et après trois ans, l'interrompis-je, pour un motif si frivole! Quand tu avoues toi-même que c'est un brave officier!.... C'est là une misérable rancune, Gérard, et qui n'est pas digne de toi!»