Gérard nous eût défendus, vivant; mort, il nous protégea; car le coup de foudre dispersa momentanément nos ennemis.
De tous ceux qui étaient venus de Vannes, il ne resta que Joson Michais, et celui-là n'était pas contre nous.
Mais nous n'en avons pas fini avec la Poule-Noire. Le jeudi qui suivit le départ de ma famille, Joson reçut une lettre du pays qui lui annonçait le décès de ma bonne tante Renotte de Landevan. A l'article de la mort, elle m'avait déshérité comme étant la cause immédiate de tous les désastres qui allaient fondre sur la maison de Kervigné.
Le dimanche un billet d'Aurélie m'apprit la mort du petit Charles, mon neveu, et la maladie très dangereuse de ma petite nièce Mimi.
Le mardi de la même semaine, une lettre de ma pauvre bonne mère, largement encadrée de noir, arriva. La vue seule de l'enveloppe me terrifia. Je crus à la mort de mon père. Ce n'était pas mon père. J'étais fils unique. Ma sœur n'était plus, et Mimi râlait son agonie.
Je me mis au lit, frappé d'une congestion cérébrale. La lettre de ma mère me disait en propres termes que j'avais tué mon frère, ma sœur, les enfants, ma tante Renotte, tout le monde.
Elle était folle de douleur, la pauvre femme! Ma sœur et les deux petits étaient tout son cœur.
Cela était inouï, n'est-il pas vrai? Cela rappelait les temps ténébreux où la chambre ardente, siégeant nuit et jour, ne pouvait empêcher la mort de faucher des familles entières.
J'eus le délire pendant deux semaines. Je croyais à la Poule-Noire, ou plutôt une lugubre pensée m'était venue, je croyais au mauvais œil, à la sorcellerie, au poison. Il y avait là une influence physique ou surnaturelle. On tuait, chez moi, on tuait!
Vers le milieu de ma convalescence, je trouvai deux lettres qui étaient vieilles de date. La première annonçait deux décès, la seconde un: mes deux tantes de Kerfily et mon beau-frère le marquis.