Ma lon la
Les enfants sont là,
La vache est rentrée à l'étable;
Ma lon la
Ave Maria,
L'Angelus les endormira.
Ce refrain me montrait toujours la mer, la petite mer, avec son troupeau d'îles moutonnantes, au delà desquelles bleuit l'immense horizon de l'Océan. Je l'entendais autrefois, l'Océan, les soirs d'été, du mouillage où le flot berçait ma baleinière, parmi les mugissements joyeux des bestiaux revenant au bercail et les échos murmurants du village. La cloche tintait au lointain, la cloche qui appelle la prière et qui secoue le sommeil au-dessus des berceaux.
Ah! qu'elle était belle et jolie! et comme je l'aimais! C'était le soir aussi. Le soleil couchant tremblait au travers des jeunes feuillées du printemps. Les vergers fleuris nous envoyaient la douceur de leurs parfums. Mille fois mieux que les parfums, sa voix pénétrait tout mon être.
Il y avait un merle. Que voulez-vous, l'amour est enfant! Il y avait un beau merle, fier et noir comme un petit corbeau. Le merle est un artiste campagnard qui vient volontiers faire un tour à Paris. Je ne sais pas d'oiseau mieux fait ni plus noble sous son plumage sévère. Et quel chanteur!
Ce merle me parlait de la Bretagne presque aussi éloquemment que la chanson d'Annette. Les merles ne gazouillent pas, ils chantent. Le rossignol ressemble à ces virtuoses, favoris du succès, dont tout le monde parle. C'est un beau talent, et Dieu me garde de médire du rossignol! Mais le merle a ce chant triomphal où éclate l'orgueil de la nature.