Je sautai sur le sable et je montai la falaise en courant. Il fallait qu'Annette fut bien malade.

A la maison, je trouvai la voisine avec les deux enfants qui pleuraient, demandant leur mère. Annette était partie depuis le matin.

«Elle va revenir!» m'écriai-je.

Mais il y avait sur la table une lettre à mon adresse; c'était l'écriture d'Annette. Je l'ouvris, et Joson, qui entrait, me soutint comme je tombais à la renverse.

XXXVI.
L'ABBE RAFFROY.

Joson me porta sur mon lit. Je ne prononçai pas une parole dans le premier moment. Je ne sais pas bien si j'avais lu la lettre ou si la première ligne seule m'avait étourdi comme un coup de massue; ce dont je suis sûr, c'est que le contenu de la lettre m'échappait en cet instant. Ma fièvre d'autrefois était revenue foudroyante. La crise était plus forte, le rêve plus violent, mais les mêmes symptômes surgissaient.

Joson envoya un gars du village chercher un médecin à Port-Louis. Quand le médecin arriva, j'avais le transport.

Je voyais Annette dans un salon qui était beau sans avoir rien de féerique: le salon qu'elle aurait dû avoir. J'entendais le piano de la rue Saint-Sabin, le piano qui se taisait depuis quatre ans. Il était là, mais ses sons voilés semblaient venir de loin, de bien loin. Et il chantait, comme une voix dont les douceurs étaient infinies, le pauvre cher refrain:

Ma lon la