«Ils étaient là encore tous deux: Charles dans mes bras et Mimi qui jouait sur le tapis. Tout à coup on a voulu me les arracher, je me suis défendue, et je me sentais faible, faible.... et ils me tendaient leurs mains.... Qui donc voulait me les arracher! J'ai peine à me souvenir. Ce n'était pas la mort....

—Ah! s'interrompit-elle en un cri, c'était toi! c'était toi!»

Ses doigts frémissants essuyèrent son front.

«Et tu étais, continua-t-elle, la femme qui porte malheur.... celle dont parlait la Poule noire.... la comédienne....

—Oh! pauvre chère enfant! dit-elle en souriant tout au milieu de son chagrin, tu ne sais pas seulement ce dont je te parle! Pardonne-moi et ne sois pas fâchée. Ma raison va et vient quand j'ai ces fièvres, et je ne vaux guère mieux qu'une innocente. Tu es heureuse, toi, sans doute, ma fille, et je le souhaite de tout mon cœur, tu ne peux pas deviner l'effet que produit la peine.

—Madame, répliqua Annette à voix basse, chacun connaît son propre mal Peut-elle être heureuse celle qui se voit forcée d'abandonner son mari bien-aimé et ses chers petits enfants!

—Ah! s'écria ma mère, comme si ces derniers mots seulement l'eussent frappée, tu as des petits enfants!»

Annette, au lieu de répondre, dit pour la troisième fois et d'un accent qui, malgré elle peut-être, n'était pas sans sévérité:

«Madame, je croyais que vous aviez encore quelqu'un à aimer.

—Tais-toi! ordonna la pauvre femme. Je t'ai bien entendue les autres fois. Oui, j'ai encore un fils, mais tais-toi!»