Pour éviter au lecteur la peine de sonder les profondeurs de l'oncle Bélébon, voici quel était son calcul. Ah! qu'il avait d'esprit!

Problème à résoudre: se débarrasser de la favorite.

L'affection qu'on avait chez nous pour Annette grandissait; elle gagnait tout le terrain que le parti Bélébon perdait; Vincent était en équilibre au seuil de la rue. Il fallait à tout prix renvoyer la favorite dans ses foyers.

Or mon père était encore le maître, en définitive, et mon père avait une haine beaucoup plus forte que son affection pour la favorite. L'objet de sa haine, c'était le monstre appelé Mésalliance.

Que Vincent parût amoureux de la femme de chambre pour le bon motif, qu'il la demandât en mariage, et que la femme de chambre donnât dans le panneau, tout était dit.

Or, comment supposer que la femme de chambre pût résister aux séductions de ce splendide avenir? Comtesse de Kervigné-Bélébon!

Il est vrai que Vincent était un affreux époux, mais, selon l'expression de l'oncle Bélébon, la petite n'avait pas froid aux yeux. Elle était fille à mettre Vincent dans sa poche, si elle voulait, et certes, la frayeur ne pouvait point l'arrêter sur la route de la fortune.

Le piége était adroit, positivement, et tendu comme il faut. L'homme qui avait exilé son propre fils, son fils unique, hésiterait-il devant l'expulsion d'une servante?

Je dois noter ici que personne, à Vannes, ne savait rien d'Annette, excepté l'abbé Raffroy et ma mère, instruits tous les deux à des degrés bien différents. Annette passait pour une jeune fille de Basse-Bretagne. Ni ma mère, ni l'abbé Raffroy ne choisissaient les Bélébon pour confidents.

Cependant l'oncle allait répétant: