En quoi? en quoi? s'écria ma mère. Voudrais-tu comparer....?

—Allons donc! l'interrompit mon père, la mésalliance du mâle est seule une déchéance.

—Et d'ailleurs, reprit la comtesse, ne t'ai-je pas tout dit? Quel rapport y a-t-il entre toi, pieuse comme un ange, et cette créature?

—Jarnicoton! s'écria mon père, enflammé par la contradiction, crois-tu me faire tourner comme une toupie? Il faut du monde ici, à table! Je veux aller chercher ce gaillard-là! Si le chevalier avait choisi un brin d'amour comme toi, Annaïc, j'aurais été capable....

—Ah! soupira ma mère, si nous avions ce bonheur-là!»

Annette était fort embarrassée. Parmi les lecteurs, il en est qui penseront que les choses tournaient en sa faveur. Ceux-là se tromperont. Annette avait compté déchirer le voile dans le paroxysme d'une grande émotion. Il fallait cela pour que son aveu fît péripétie. Ses batteries étaient arrangées pour amener une explosion d'enthousiasme et de larmes. La fantaisie des deux bonnes gens dérangeait tout. Ils faisaient trop de chemin en avant et brûlaient la consigne. Le train préparé pour l'embuscade était dépassé. Le drame rêvé ratait et faisait long feu comme un méchant vaudeville.

Mais Annette était un petit lion pour la bravoure. Dans la vie, comme à la guerre, les mauvaises positions sont celles où l'on gagne les batailles décisives. Annette s'écria:

«Vous ne me suivrez pas malgré moi, peut-être!

—Si fait, pardieu!» répondit mon père enchanté.

J'ai parlé de vaudeville; ma mère était le drame, mais mon bon père était le vaudeville incarné, la gaieté à tout prix, et n'en fût-il point! Avec lui peut-être que le drame eut échoué. Le vaudeville le saisit au collet.