Je sentis qu'elle me regardait avec attention, et je me préparai sérieusement à subir un examen de morale.
«Etes-vous dévot, René? me demanda-t-elle.
—Pas autant que je le voudrais, répondis-je avec modestie.
—Moi, me dit-elle, c'est par places. Il y a des moments où je suis comme une tigresse, en fait de religion. D'abord, je mets de la passion dans tout. J'ai passé vingt-huit ans, vous concevez, et l'on ne se refait pas à cet âge-là. Tout le monde remplit ses devoirs à la maison; j'exige cela: Laroche est exemplaire. Mais il me vient des doutes, mon esprit travaille. Ah! l'Evangile a bien raison de le dire: «Bienheureux les pauvres d'esprit!» C'est mon esprit qui fait des siennes. Du reste, je suis en veine de ferveur, ces temps-ci, en grand veine: j'ai trois sermons demain, très commodément échelonnés: deux l'après-midi, un le soir; je vous y mènerai. Savez-vous que je ne resterais pas seule avec votre frère Gérard comme me voici avec vous, chevalier?
—Ma cousine....» balbutiai-je.
Je balbutiais parce que sa main, naturellement très blanche, et que la poudre de riz faisait plus douce qu'un satin, lissait mes cheveux sur mon front.
«On dirait que vous avez peur de moi, interrompit-elle, vous n'osez pas me regarder.»
Je levai les yeux. Son sourire excellent me fit en vérité battre le cœur.
«Je ne sais comment vous exprimer, m'écriai-je, la joie que j'éprouve à retrouver en vous une seconde mère!»
Ses sourcils se rapprochèrent tandis que sa bouche souriait avec pitié.