Les vingt-huit ans passés de ma cousine étaient pour moi désormais un article de foi. Les parents de Bretagne se trompaient sur son âge. Plus je restais près d'elle, plus je la trouvais bonne, douce, aimable. Je respirais les parfums trop accusés de sa toilette comme on s'enivre avec des fleurs. L'idée se fortifiait en moi que cette maison allait être mon paradis.

Les heures s'écoulèrent. J'entendis plus d'une fois le pas discret de Laroche qui rôdait dans le corridor, mais il n'osa pas entrer. Ma cousine souriait quand il s'approchait de la porte. Je n'aurais point su définir l'expression de ce sourire, où il y avait du contentement et une douce pitié. Quand la pendule sonna onze heures, elle appela sans élever la voix, et Laroche parut aussitôt sur le seuil.

«Monsieur est-il rentré?» demanda-t-elle.

Le baryton, qui était de mauvaise humeur, répondit

«Il est rentré quelque part, mais pas ici.»

Ma cousine leva les yeux au ciel, puis elle me regarda.

Comme elle vit mes sourcils se froncer, elle me dit entre haut et bas:

«Vous apprécierez Laroche. Il est au-dessus de son état.»

Et à Laroche:

«Mon bon, il faut que tu sois le guide et l'ami de cet enfant-là. Il est de mon parti. C'est mon page et je suis sa petite maman.