Ma cousine Aurélie ne lisait pas les mêmes livres que ma tante Bel-Œil, mais elle profitait abondamment des livres qu'elle lisait.
«La prière a relevé ma force, continua-t-elle, la résignation... Tiens, petit, s'interrompit-elle, quand tu es seul auprès d'une jolie femme, il ne faut pas te camper comme un saint de bois. As-tu peur d'être mordu? On s'approche, on se penche gracieusement, si le mouchoir tombe....»
Elle laissa tomber son mouchoir que je m'empressai de relever.
«C'est bien, mais après?» me dit-elle.
Je lui tendis le mouchoir, et j'eus un coup d'ombrelle sur les doigts avec cette explication didactiquement formulée:
«C'est selon les personnes. Avec moi, qui suis ta petite maman, tu pouvais effleurer le mouchoir de tes lèvres. Tu n'as donc jamais lu d'histoire de pages et de châtelaines, René?
—Si fait, ma cousine, dans les livres de ma tante Bel-Œil.
—Cette pauvre Bel-Œil! Ce doit être bien gothique, ses livres! C'est un peu une ménagerie, dis donc, René, toutes ces bonnes gens-là? Mais partons d'un point. Dans le monde, chaque fois que tu te trouves auprès d'une jeune femme, tu dois lui faire la cour sous peine de passer pour un homme mal élevé. Tu comprends?
—Oui, ma cousine.
—Appelle-moi donc petite maman.