—On étouffait dans cet abominable endroit!
—Quelle chaleur! J'ai quelque chose, tenez, et je ne sais pas ce que c'est.»
Je repoussai l'assiette et ma tête se renversa sur l'oreiller. Je pense qu'elle me parla du bonheur pur et sans tache qu'un page peut goûter auprès d'une châtelaine; elle dut même se comparer à l'ange gardien dont les ailes protectrices se déploient au dessus d'un jeune front; mais je n'écoutais plus, j'avais les yeux fermés: je voyais un papillon parmi les roses.
C'était une souffrance plutôt qu'un plaisir, mais une souffrance que je ne puis me rappeler sans un tressaillement voluptueux. Je cherchais à distinguer les traits de ma vision; cela m'était impossible. Je percevais une saveur de beauté incomparable, mais je ne voyais pas. Annette Laïs! criait ma fièvre, car ce repas inopportun avait amené la fièvre. C'était Annette Laïs: un rayon qui avait un nom.
A mesure que la fièvre montait, l'apparition se faisait plus distincte, sans jamais devenir ce qu'on peut appeler un visage. Je voyais en rêve comme j'avais vu en réalité, ni plus ni moins, et le malaise arrivait à être une angoisse terrible par l'effort insensé que je faisais pour écarter le dernier voile.
«Docteur! docteur! il a le transport!»
J'entendis cela au milieu d'un bruit qui ressemblait aux déchaînements de la mer. La conscience me revint si nette pour un instant que j'eus peur d'avoir dit mon secret.
Puis naquit en moi un doute qui indiquait plus de lucidité encore, je me demandai si j'avais un secret.
Toute ma fièvre me répondit d'une voix qui m'ébranla le cerveau:
«Annette Laïs! Annette Laïs!»