C'est pourquoi, plein de confiance, nous proclamons dès le début de cette oeuvre extraordinaire, qu'on n'ira pas plus loin désormais dans la voie du crime à bon marché.
Nous avons rigoureusement établi nos calculs: la concurrence est impossible.
Nous avons fait table rase de tout ce qui embarrasse un livre; l'esprit, l'observation, l'originalité, l'orthographe même; et ne voilà que du crime.
En moyenne, chaque chapitre contiendra, soixante-treize assassinats, exécutés avec soin, les uns frais, les autres ayant eu le temps d'acquérir, par le séjour des victimes à la cave ou dans la saumure, un degré de montant plus propre encore à émoustiller la gaîté des familles.
Les personnes studieuses qui cherchent des procédés peu connus pour détruire ou seulement estropier leurs semblables, trouveront ici cet article en abondance. Sur un travail de centralisation bien entendu, nous avons rassemblé les moyens les plus nouveaux. Soit qu'il s'agisse d'éventrer les petits enfants, d'étouffer les jeunes vierges sans défense, d'empailler les vieilles dames ou de désosser MM. les militaires, nous opérons nous-mêmes.
En un mot, doubler, tripler, centupler la consommation d'assassinats, si nécessaire à la santé de cette fin de siècle décadent, tel est le but que nous nous proposons. Nous eussions bien voulu coller sur toutes les murailles de la capitale une affiche en rapport avec l'estime que nous faisons de nous même; mais notre peu d'aisance s'y oppose et nous en sommes réduits à glisser ici le texte de cette affiche, tel que nous l'avons mûrement rédigé:
Succès, inouï, prodigieux, stupide!
LA FABRIQUE DE CRIMES
AFFREUX ROMAN
Par un assassin