Elles travaillaient en babillant et en chantant, les brunes, les blondes, les châtaines, les rousses aussi; elles travaillaient très bien, très vite et de très bon coeur. On ne travaille ainsi qu'à Paris, où la rage du plaisir donne la rage de la besogne.
Il y en avait beaucoup de jolies et beaucoup de laides, mais les laides avaient ce je ne sais quoi de canaille et de vif, qu'on nomme du chien, qui les faisait presque jolies. C'étaient pour la plupart des minois chiffonnés qui n'eussent point supporté l'analyse des nez retroussés, des fronts bombés, des grandes bouches souvent, montrant des poignées de perles.
Leurs toilettes étaient comme leurs visages, sujettes à caution, mais avenantes et hardies. On n'eut pas vendu le tout pour cinq cents francs peut-être. Hors de Paris, vous n'en auriez pas eu moitié pour un prix fou.
Les noms étaient caractéristiques: les petits noms. Les noms de l'atelier ressemblent un peu à ceux du théâtre: ce ne sont pas les noms de familles.
Peu de Marie, point de Françoise, ni de Madeleine, ni de Jeanne.
Des Anaïs en quantité, des Régine, des Amanda, des Athénaïs, quelques Léocadie, des Irma et des Zuléma.
Elles ont grand honte quand elles s'appellent tout uniment
Joséphine.
C'est le contraire ailleurs. Nous avons connu une femme de qualité, morte avant l'âge du chagrin qu'elle avait de s'appeler Léopoldine.
Les noms simples, les noms communs prouvent généralement la race.
Où diable voulez-vous que Chiquita soit née!
Il y avait la, onze Anaïs, sur vingt-cinq, et l'on était obligé de les distinguer, par des surnoms: Chiffette, Cocarde, Colibri, OEillet d'Inde, Chou-Fleur, Lampion, etc.; il y avait sept Amanda, quatre Reine et trois Irma.