— Fille ingrate et perverse, savez-vous dans quel abîme de forfaits vous vous êtes plongée? demanda mon bisaïeul.

— Je sais que je suis innocente, répliquai-je avec l'assurance de la candeur.

— Innocente! répéta-t-il, vous allez on juger vous-même. Mon grand-père, le premier duc de Rudelame avait un fils adultérin qui se nommait Inaniquet. Ce fils adultérin étant devenu pubère, séduisit la duchesse, ma mère: je suis né de cet inceste. N'êtes- vous pas la fille de mon petit-fils?

— Si bien! répondis-je, pour mon malheur.

— Parfait! ce Inaniquet est marié à une princesse arabe qui vit en Lombardie. On le connaît dans Paris sous le nom du docteur Fandango!…

— Ô ciel! m'écriai-je.

— Vous êtes, par conséquent, la femme du père incestueux, adultérin et bigame de votre bisaïeul! Je crois qu'un pareil fait ne s'est jamais produit dans les oeuvres d'imagination!

— Mais, objectai-je, l'âge de mon Coriolan…

— Il doit sa jeunesse apparente aux prodiges de la chimie, interrompit le duc. Vous sentez bien que vous ne pouvez rester dans un pareil état… Doutez-vous encore?… Huissier de la place des Vosges, montrez-lui les papiers qui le prouvent.

C'était exact. On me prodigua les preuves authentiques de ma honte. Mon bisaïeul poursuivit: