On m'emmena ensuite à travers les rues. Messa, Sali et Lina nous quittèrent pour affaires; je ne sais ce que devint l'huissier de la place des Vosges. Rue de Sévigné, je fus prise des douleurs de l'enfantement, et vous savez le reste. Plaignez mes infortunes.

Nous renonçons à peindre la physionomie générale de l'atelier des Piqueuses de bottines réunies, à la fin de ce récit aussi long que surprenant.

Nous préférons revenir en toute hâte à la chambre voisine où le sanguinaire Boulet-Rouge se préparait à immoler le nouveau-né. Messa, Sali et Lina ignoraient la série des circonstances qui avaient amené Elvire et son fils, Virtuté, à la Maison du Repris de justice, Ils ne savaient même pas que la malheureuse jeune femme fut accouchée.

En quittant M. le duc, ils étaient allés tuer quelques malades du docteur Fandango, pour accomplir le traité qui les obligeait à fournir tous les jours soixante-treize victimes. Ce chiffra n'avait pour eux rien d'exagéré. L'habitude est une seconde nature.

S'ils avaient pu deviner qu'ils étaient là en présence de Virtuté, le petit-fils de la Condamnés, destiné, dès son entrée dans la vie, à périr dans de l'esprit de vin, ils n'auraient pas hésité, mais ils le prenaient pour un enfant du commun, fruit insignifiant d'une piqueuse de bottines et d'un prolétaire. Ils ne se pressaient point, d'autant que la frêle créature ne portait pas encore la marque particulière du docteur Fandango.

Boulet-Rouge était indécis sur la manière dont il allait l'immoler. Il avait le choix entre le poignard, le poison, ou la strangulation; il pouvait aussi lui appliquer un masque de poix sur le visage ou lui chatouiller la plante des pieds jusqu'à extinction. Il préféra lui enfoncer une aiguille anglaise dans la tempe, parce que cela ne laisse pas de trace.

Pendant qu'il prépare, en se jouant, l'exécution de ce forfait, nous passerons de l'autre côté de la rue de Sévigné et nous introduirons le lecteur dans la retraite modeste du célèbre Silvio Pellico.

Ce respectable vieillard avait été ressuscité par le docteur Fandango au moyen d'un procédé occulte. Il avait compris que les détails de sa mort et de sa captivité compromettaient son honorabilité dans sa patrie, et il était venu s'établir à Paris.

Sa succession ayant été recueillie par ses héritiers, il vivait des bienfaits du généreux Mustapha qui l'avait adopté pour aïeul.

Sa demeure servait souvent de lieu de réunion aux loyales natures qui défendaient la cause du Fils de la Condamnée.