Nous avons noté comme quoi Tancrède, dit Chauve-Sourire, prisonnier chez Mandina à l'étage au-dessus, banda son arc et décocha une flèche à l'adresse de Silvio Pellico.
Cette flèche ayant traversé les airs atteignit le vieillard à la tète et lui coupa net l'oreille droite.
Loin de se lamenter, il poussa un grand cri de joie et revint vers sa famille en tenant son oreille à la main.
— Jeune étranger, dit-il à Frigolin de Torboy, ô mon gendre, préparez votre colle et que cette oreille appartienne désormais au noble Mustapha, pour prix de ses bienfaits.
Celui-ci voulut refuser, mais Silvio poursuivit:
— Ma carrière est fort avancée. Peu importe que je la termine avec une seule oreille puisque j'ai renoncé à l'amour depuis que Princessina n'est plus. Accepte cette oreille, mon fils, c'est celle d'un vieillard, elle écoutera les conseils de la prudence. En outre, tu n'auras plus besoin désormais de faire à tout bout de champ des signes pour te faire reconnaîtra. Il nous suffira de relever les belles boucles de tes cheveux et de voir mon ancienne oreille, pour constater ta présence à l'instant même.
Mustapha consentit enfin. Comme le nouvel époux d'Olinda achevait l'opération du collage, les regards de Mustapha se portèrent par hasard vers les fenêtres de l'atelier qui faisait face.
— Avez-vous du vieux linge! s'écria-t-il d'une voix de tonnerre.
On ne le comprit point d'abord.
— Avez-vous du vieux linge? répéta-t-il en proie à une exaltation croissante, du papier, de la laine à matelas, des chiffons, n'importe quoi?…