Carapace et Arbre-à-Couche tournaient leurs pouces en causant des multiples événements de cette journée.
Tout à coup, l'odeur du thé pénétra dans la chambre par les fissures de la porte. Boulet-Rouge ouvrit de larges narines et dit:
— Je vais mettre l'enfant vivant dans le cercueil. M. le duc aimera peut-être mieux l'avoir ainsi, pour jouir de ses souffrances. Allons prendre une tasse de thé.
— Y penses-tu? s'écria Lina, nos visages sont connus…
— As-tu oublié l'eau qui change les physionomies? interrompit
Boulet-Rouge en haussant les épaules. Elle ne me quitte jamais.
Approchez, je vais vous rendre méconnaissables.
Il tira de son gousset un flacon clissé et versa dans le creux de sa main quelques gouttes d'un liquide jaunâtre, dont rien ne saurait dire l'odeur. Il passa cette préparation sur son visage qui prit aussitôt l'expression d'un maraîcher.
Arbre-à-Couche et Carapace ayant subi une opération semblable ressemblèrent incontinent, le premier à son concierge, le second à une poire tapée.
Boulet-Rouge remit son flacon clissée dans sa poche et dit:
— La pharmacie fait d'étranges progrès. On vend maintenant des pilules graduées et numérotées de 1 à 43. Ce n'est pas cher. Le numéro 1 tue en une seconde, le numéro 2 en deux jours, le numéro 3 en trois, le numéro 8 en une semaine, le numéro 30 en un mois, et ainsi de suite. Chaque boite est accompagnée d'une cédule werrant[13] qui assure le remboursement et une indemnité, en cas de retard… Êtes-vous prêts?
— Que faudra-t-il dire?