— Maître, lui dit Montaroux, tous nos frères sont partis à la tombée de la nuit pour le palais de Rudelame-Carthagène qui est devenu la proie des flammes. Ce soir, à minuit, vous les trouverez dans les souterrains qui s'étendent sous le fleuve.

Le duc lui donna une bourse pleine d'or et répondit:

— Non loin d'ici, il existe une place de fiacres. Choisis un cocher ami des libations et attire-le dans un cabaret mal famé. Fais-le boire. Quand tu l'auras plongé dans l'ivresse, cache-le sous la table, après l'avoir préalablement poignardé…

Montaroux frissonna, car il n'était pas encore endurci.

Le bisaïeul d'Elvire laissa échapper un geste de mépris.

— Réprime ces frémissements insensés, si tu veux parvenir, poursuivit-il. Tu prendras les vêtements du cadavre; à l'heure où je te parle, je porte les défroques de ma dernière victime qui probablement est encore chaude. On en prend l'habitude au point de ne plus pouvoir s'en passer… Te voilà tout blême, jeune homme. Si tu hésites, crains un châtiment sévère.

L'infortuné Montaroux, vit le crick malais qui sortait à demi de l'une des ex-poches du défunt commissionnaire. Il tomba à genoux.

— J'assassinerai le cocher, dit-il, quoiqu'ils soient tous père de famille!

— Très bien… Une fois couvert de ton déguisement, tu t'assoiras sur le siège du fiacre, à la place du mort et tu iras stationner au coin de la rue de Sévigné… Connais-tu la Maison du Repris de justice?

— Oui, maître.