Ceci était dit avec un si grand sérieux, que Jean Lagard en fut ébranlé. Il se demanda si Justine avait réellement retrouvé une famille, comme cela se voit en définitive de temps à autre.

Mais Barbedor se chargea de la désabuser.

—Les pièces pour établir cela..., commença-t-il.

—En règle! interrompit l'habit bleu.—Nous avons un gaillard qui fabrique l'état civil aux petits oignons!... De sorte que, comprenez bien, si notre baron fait la grimace, nous montons sur nos grands chevaux... La Justine est mineure... Votre maison, mon vieux, est l'asile de toutes les vertus, mais elle n'en a pas l'air... Faites donc croire aux gens de justice qu'on a attiré une jeune fille ici pour prendre le frais... Madame la marquise a des entrées superbes dans ces occasions-là... Elle paraît tout à coup; elle évoque la mémoire de M. de Génestal et même de son protecteur, l'auguste prince de Lippe; elle pose ce dilemme: épousez ou indemnisez... Pas moyen d'en sortir; d'autant que je suis là, jouant avec un certain atout le rôle d'un collatéral offensé... Notez bien que l'indemnité est peut-être préférable au mariage, puisque, dans ce cas-là, notre petite Justine peut resservir...

Cette explication avait le mérite d'être claire. Nous en profitons au moins autant que le pauvre Jean Lagard, puisqu'elle nous apprend comment M. Garnier de Clérambault usait de ses relations dans le grand monde pour marier les gens,—et de quelle nature étaient les unions cimentées par ses soins respectables.

Jean Lagard ne pouvait plus garder un doute sur le fait en lui-même. Il tâchait de croire que tout ceci était un cauchemar. Quand l'évidence victorieuse l'étreignait, il se rejetait du côté de Justine et se disait:

—Rien ne prouve que Justine soit complice.

Il ajoutait en lui-même:

—Je la verrai demain... je l'interrogerai... je saurai...

—Et..., reprenait en ce moment Barbedor,—quand tentez-vous l'aventure?