—Quant aux vins, dame, vous entendez. Le père du comte était un gourmet; le comte ne boit pas beaucoup, mais il a la gloriole de sa cave.
—A-t-il du beaune? demanda Niquet.
—Oh! le beaune! fit Palaproie avec mélancolie.
Roger haussa les épaules.
—Pour ces gens-là, dit-il,—le beaune est vin ordinaire, le médoc aussi... C'est une rangée de grands fûts qui n'en finit pas... Ce qu'il faut voir, c'est la chambre des hauts-bordeaux: le beranne-mouton, le cos d'Argelès, le château-laffitte, le château-margaux... tout bonnes années... un beaune!... Le chambertin et consorts ont aussi leur chapelle tout auprès de la première cave aux vins blancs.
—Eh! eh! dit Niquet,—le petit blanc!
—Sauterne à vingt francs la bouteille, riposta Roger.
L'adjudant et le sergent faillirent tomber à la renverse.
—Mais ce qui est curieux pour les connaisseurs, continua Roger,—ce sont les pierres à fusil, le vin du Rhin; corbleu! le plus beau vin du monde! Le comte a habité Aix et Cologne. Le cellier où sont ses rheinwein et ses moselwein est un palais. Il a de l'eucharinsberger de 1799, dont chaque bouteille vaut vingt thalers.
La langue de Niquet vint caresser ses lèvres. Palaproie but avec tristesse le reste de son verre de bière.