—Je crois que le monde se trompe, reprit la vicomtesse,—parce qu'il y a quelque chose.
—Quelle chose?
—J'admets parfaitement que le comte Achille ait pu braver les bienséances. Il se sent fort, il est de qualité, il a huit cent mille livres de rente... mais je n'admets pas que le comte Achille, fait comme il est, entouré d'un troupeau de lions toujours prêts à rugir la raillerie, ait gardé seulement vingt-quatre heures un beau-père comme celui-ci (elle montrait le bon capitaine Roger), s'il avait un moyen facile de le mettre à la porte. Le comte Achille est de ceux qui craignent le ridicule plus que la mort. Il n'a pas ce qu'il faut de courage pour me faire croire ce que dit ici la chronique...
—Vous sentez bien, chère petite..., voulut dire la baronne.
—Je sais que vous avez bon cœur, vous, madame, interrompit la vicomtesse pendant que Dorothée et Juliette pinçaient leurs lèvres moqueuses; je sais aussi que je suis méchante... c'est convenu: ma langue ne vaut rien... Mais, si Béatrice est malheureuse, je prends son parti, voyez-vous! je me fais son amie, et, toute méchante que je suis, je me mets sans façons entre elles et les bonnes âmes qui sont jalouses d'elle... Croyez que je ne parle pas pour vous: vous savez que je ne me gêne pas.
Elle était jolie en ce moment, cette vicomtesse de Grévy; son teint s'animait, ses yeux brillaient. La jeunesse de son cœur rajeunissait son charmant visage.
La baronne lui serra la main.—Dorothée montra du doigt la table où Roger et ses complices festoyaient. Juliette s'écria:
—S'ils boivent toutes ces bouteilles, nous allons avoir une représentation complète.
Le trio des anciens militaires devenait de plus en plus bruyant. A l'appel de Roger, frappant sur la table avec son pot de bière, un domestique était venu. C'était Martin, l'esclave de M. Baptiste. Roger lui avait dit:
—Monte-moi une bouteille de chambertin, une bouteille de sauterne, une bouteille de romanée, une bouteille de clos-vougeot et une bouteille de marckbrunner...