—Je ne sais plus si je l'aime ou si je la déteste!... murmura-t-il enfin.
Ceci se passait en 1809. Le petit Vital avait deux ans.—Le lieutenant Moreau était un beau jeune homme, brave comme son épée et que l'empereur avait décoré de sa propre main.
Roger avait dormi toute la nuit sur les deux oreilles; le lendemain, il fit attention à ce lieutenant Moreau.—Par hasard, il vit la Perlette lui sourire.
Garnier ne lui parla plus de cela. Le coup était porté.
Au combat de Kehl, le lieutenant Moreau fut frappé d'une balle en pleine poitrine. La Perlette passait. Elle s'agenouilla près de lui et voulut le panser. Le lieutenant lui dit:
—Il n'est plus temps, ma belle... Sais-tu ta prière?
Marguerite récita bien pieusement le Pater et l'Ave.—Il n'eût pas fallu lui en demander davantage.
Le lieutenant détacha sa croix et la lui donna.—Comme Marguerite tendait sa main pour la prendre, le lieutenant toucha cette main de ses lèvres mourantes et lui dit:
—Tu porteras ce baiser à ma mère... La croix est à toi.
La charge battait. Le bataillon de Roger et de Garnier passait au pas redoublé.—Garnier montra du doigt, à Roger, le groupe formé par le lieutenant et la vivandière, au moment où Moreau confiait à Marguerite le baiser d'adieu pour sa mère.