—Comment avez-vous nom? interrogea-t-il.
—Marguerite Vital, femme Roger.
—Je ne veux écrire ce nom-là que dans ma mémoire, dit le général en souriant;—si jamais je pouvais l'oublier, prenez ceci, mon enfant... A quelque heure, en quelque lieu que ce soit, quand vous aurez besoin de moi, venez: ceci est un gage entre nous.
—Ah! mon général! s'écria Marguerite tristement, ceci doit valoir beaucoup d'argent et vous voulez me payer!
—Qu'importe le prix, Marguerite, si vous ne le vendez jamais?
Marguerite tendit la main et le général serra doucement cette main entre les siennes.
—Ceci ne me quittera point, dit-elle en glissant l'agrafe dans son sac; ça me rappellera que j'ai sauvé la vie d'un héros... je mourrais de faim auprès!
—Et maintenant, Marguerite, reprit S***,—il faut aller vous reposer.
—Je suis de la septième, répliqua-t-elle;—j'ai plus de trois lieues à faire pour rejoindre... Que Dieu vous bénisse, mon général, et au revoir!
Elle s'en alla, suivant les traces de la septième dans la neige. Quand elle arriva au bivac, Roger dormait, la tête sur un fagot. Marguerite s'étendit près de lui et le sommeil la prit tout de suite. D'ordinaire, elle était toujours sur pied avant le premier roulement de tambour, mais elle avait tant travaillé cette nuit, qu'elle n'entendit point battre le réveil.