Si Flavie n'eût pas été joueuse incorrigiblement, et, par conséquent, toujours réduite à payer de sa personne pour conquérir des proies nouvelles, nul ne peut savoir jusqu'à quelle hauteur cette noble foule, toujours un petit peu myope, eût élevé son piédestal.
Arrivons tout de suite à un événement qui se lie très-intimement à notre drame et qui eut lieu peu de temps avant la révolution de juillet.
Madame la marquise de Sainte-Croix fut amoureuse une fois en sa vie. Le diable dut rire à gorge déployée. Voici l'aventure telle quelle:
Au mois de février 1828, le 4e hussards vint en garnison à Paris. Le colonel, M. le comte Achille de Mersanz, était un homme de trente ans à peu près et le plus beau cavalier qui se pût voir. En 1828, ce n'était pas comme sous la royauté de juillet; le faubourg partageait franchement avec M. Scribe, la passion des jeunes colonels. D'ailleurs, M. de Mersanz, que l'on disait homme de haute distinction et qu'on savait fort riche, tenait, par alliance ou parenté, à toutes les familles considérables de la ville noble. Il arriva, précédé de l'avant-goût le plus flatteur.
Il n'y a pas à dire, et M. Scribe avait raison: un jeune colonel de hussards est une chose charmante, surtout quand il a huit cent mille livres de rente, beau nom et belle mine. M. de Mersanz eut un fort joli succès, et sa femme eut un succès de vogue.
Elle avait vingt-quatre ans. Elle adorait son mari. C'était un visage doux et fin, aux traits légèrement effacés, au sourire pâle: une de ces têtes de vierge qui passaient dans les nuits d'Abbotsford quand Walter Scott peignait Alice Lee ou Lucy Bertram. Elle avait une petite fille de sept ans, jolie comme un ange et qu'elle aimait passionnément.—Je ne sais trop pourquoi le monde lui faisait cette fête bruyante et brillante, car elle ne semblait chercher ni le bruit ni l'éclat.
C'était à cause de cela peut-être.
Le comte Achille était, au contraire, un homme de plaisirs. Il aimait beaucoup sa femme, mais sans se montrer exclusif. La jeune comtesse, sentimentale et un peu triste, souffrait.
Césarine, sa petite fille, blond lutin dont le sourire petillait comme une flamme, lui demandait souvent:
—Mère, pourquoi pleures-tu?