—Grondez, papa!... le neveu vous regarde!...

Jean avait, en effet, les yeux fixés sur son oncle. Il s'arrêta un instant, puis il eut un sourire et tourna le dos.

L'habit bleu n'attendait que cela pour frapper le grand coup.

Il tira lestement de sa poche un numéro du Journal des Débats et mit le doigt sur un fait divers ainsi conçu:

«Sur l'initiative du ministre de l'intérieur, avec l'approbation du ministre des travaux publics et du directeur des douanes, la préfecture de la Seine va, dit-on, ouvrir une enquête pour le percement de la barrière des Paillassons.»

Barbedor saisit le journal à deux mains; mais ses mains tremblaient, il ne pouvait pas lire.—Il chercha ses lunettes dans la poche de sa veste.

—Paillassons!... murmurait-il;—j'ai vu qu'il s'agissait de la barrière!

—Le pauvre vieux est repincé en grand, pensait Jean Lagard;—ma foi, va comme je te pousse!... Qu'y faire?

C'était l'insouciance personnifiée. Du moment qu'il s'agissait d'autre chose que de donner ou de recevoir des coups, le courage lui manquait.

—C'est un bon journal, disait cependant Barbedor en lisant le titre empâté de la feuille ministérielle;—je me souviens qu'il disait de belles choses sur les droits du peuple le 30 juillet 1830.