—J'ai aimé le comte Achille, dit-elle;—voilà longtemps que je ne l'aime plus... mais je haïrai toujours cette Béatrice... Maxence est une admirable enfant qui comprend tout... Maxence est ambitieuse comme moi, plus hardie que moi... J'étais dix fois moins belle que Maxence... Si Maxence était ma vraie fille, je baiserais la terre pour obtenir de Dieu mon pardon et je deviendrais une sainte.—Ne souriez pas! tout à l'heure, je vais dire des choses qui seront à votre portée... Je n'aime pas Maxence, parce que je n'aime personne: je donnerais le reste de ma vie pour l'aimer... Il n'y a qu'une joie ici-bas, je le sais bien, c'est la folie des mères... Rien qu'à penser que j'aurais pu être mère, je sens un cœur dans le vide de ma poitrine... Ne prenez pas non plus cet air sérieux: c'est une illusion; je n'ai pas de cœur... Maxence nous secondera... Seulement, j'ai peur qu'elle ne l'aime.

—Bah! fit Garnier;—elle a seize ans.

—C'est une noble créature!... Mais vous avez beau regarder ce livre. Il est écrit tout entier en une langue qui vous est inconnue... Le comte est amoureux fou de Maxence... fou, vous entendez bien... Le comte m'a dit, à moi...—Mais que ne disent pas ces malades d'amour! s'interrompit-elle.

—Les amours de M. le comte ne durent pas très-longtemps, objecta Clérambault.

—Jugez! s'écria Flavie, qui n'écoutait pas; jugez s'il aime avec aveuglement... avec extravagance!... Il est venu à moi... à moi!... me demander mon aide!... Et il n'a pas même eu l'idée que je pourrais me venger!

—Il n'a pas parlé de mariage?

—Il a pleuré comme une femme...

—Il n'a pas parlé de mariage? répéta Garnier.

—Il s'est roulé à mes pieds...

—Nous allons savoir dans une heure s'il est ou non marié, dit Garnier.