»Je vous prie de me prêter ici toute votre attention, ma chère Anna, et je vous répète que mon récit est emprunté non-seulement au rapport de Fromenteau, mais aux recherches subséquentes de M. du Tresnoy. Plût à Dieu qu'il ne les eût jamais entreprises!
»Madame Seveste resta toute seule, en proie aux premières douleurs de l'enfantement.
»L'armoire était grande ouverte.
»De l'autre côté de l'armoire, dans la chambre de madame Octave Merriaux, où nous nous transportons pour la première fois, nous trouvons réunies les trois personnes dont tout à l'heure nous entendions les voix à travers la cloison.
»L'accouchée, étendue sur son lit, l'homme à l'habit bleu, et une sage-femme de quarante-cinq à cinquante ans, nommée madame Suleau.
»L'accouchée avait les yeux fermés. Elle ne regardait déjà plus l'enfant, qui criait dans les bras de la sage-femme. Ce visage, doué d'une grande beauté, mais caractérisé durement, avait en ce moment une bizarre expression de souffrance et de lutte. Ce n'était pas là une jeune mère, puisque ses prunelles, déjà voilées, ne cherchaient plus l'enfant,—et pourtant on eût deviné qu'un sentiment confus de maternité combattait au fond de cette âme quelque désir violent, quelque passion invétérée...
»Vous êtes trop jeune, Anna, pour avoir connu le dernier prince de ***; mais votre mère était de son monde et vous avez entendu parler de lui.
—Beaucoup, repartit la vicomtesse;—j'avoue que je suis curieuse de savoir le rôle qu'il jouera en tout ceci.
—Un rôle tout passif, vous devez bien vous en douter. Le vieux prince était l'honneur même... seulement, privé d'enfant et possédant une fortune presque royale, il avait le mal des collatéraux. Il se sentait entouré de cousins, de cousines, de nièces et de neveux qui le regardaient comme les paysans contemplent la moisson mûre.
»Il exagérait peut-être un peu cela. C'est la loi de nature. Il disait volontiers: