»Ainsi fut parcourue toute la rue de Vaugirard. Elle est longue; l'agent était soutenu par cette idée que la marquise ne pouvait pas aller bien loin désormais. Pourquoi sortir de Paris à cette heure? Malgré sa lassitude, il allait toujours.

»A quelques centaines de pas de la barrière de Vaugirard, le coupé s'arrêta dans un endroit désert.

»Il y eut un court colloque entre madame la marquise et son cocher. L'agent profita de ce répit pour regagner un peu de terrain et souffler, assis sur une borne. La sueur l'inondait et la respiration commençait à lui manquer.

»Il reprit néanmoins sa course dès que le cocher de la marquise eut lancé de nouveau son cheval. Le coupé sortit de Paris par la barrière de Vaugirard. Il prit le boulevard extérieur, à droite, passa devant la barrière de Sèvres et disparut aux yeux du pauvre agent, considérablement distancé, cette fois, à la hauteur du petit bâtiment qui porte le nom de barrière des Paillassons, bien que le mur d'enceinte n'ait à cet endroit aucune ouverture.

»L'agent, épuisé, arriva au bout d'une minute ou deux à la place où le coupé avait disparu. Cette boue terrible du boulevard extérieur paralysait sa course.

»Il s'orienta.

»En face du pavillon de la barrière des Paillassons s'ouvre une petite ruelle qui monte en biais dans les terres; elle a nom la ruelle Sainte-Fiacre.

»Notre homme s'y engagea résolument. Au détour du premier coude, il dut croire que le succès allait récompenser sa peine. Une lanterne de cabaret éclairait en plein le fameux coupé, arrêté au milieu de la route.

»A ce moment, une grosse voix parlait sous les berceaux qui flanquaient la porte de la guinguette. Elle disait:

»—Nous n'avons vu personne ce soir.