—Quand je pense à ça, poursuivit-il,—ça m'oppresse bien encore un petit peu... Les enfants, j'en ai vu de rudes dans ma vie... Mais ce moment-là, dame, je faillis étrangler en grand par étouffement du cœur... Béatrice! ma fille! mon pauvre amour chéri...
Deux larmes roulèrent sur la joue bronzée du vieux soldat.
Niquet et Palaproie se frottèrent les yeux.
Ce gros judas de Barbedor tendit sa main calleuse au capitaine, qui la serra en disant:
—Merci, Jean-François, mon cousin;—je sais que tu as bon cœur... C'est les bonnes manières qui n'y sont pas...
»Mais, s'interrompit-il,—je ne sais pas pourquoi je pleure, moi! ne dirait-on pas que je vais raconter une déroute! Bien au contraire, cette soirée fut l'aurore de la félicité, comme vous allez le voir par la fin de ce récit.
»La lettre de Béatrice me demandait bien des pardons de s'être fait enlever, donnant pour raison que c'était le bon motif, mariage civil et à l'église, qui était sous jeu, et qu'elle avait craint les sévérités d'un père, à cause de son âge si tendre.
»Tout ça tourné aux petits oignons, d'un style coulant et agréable à tirer toutes les larmes du corps.
»N'empêche que je ne m'endormis pas sur le rôti. J'allai au café, où je soumis le cas aux plus vénérés des clients. Quand je dis au café, c'est la brasserie. Il y avait là un avocat flamand, gros comme toi, cousin Jean-François. Il me dit:
»—Le comte de Mersanz, votre voisin, est justement parti ce soir. C'est une affaire: détournement de mineure. Il a près d'un million de revenu, vous pouvez vous faire une aisance.