Si le vieux capitaine avait examiné son cousin Jean-François en ce moment, il aurait vu s'épaissir la couche écarlate qui enluminait si violemment sa grosse face.

Barbedor travaillait pour la barrière des Paillassons,—le traître!

—Pardon, excuse, reprit-il bonnement,—j'avais cru que tu avais vu l'acte de mariage de ta fille... Tu n'es pas curieux, quoi, voilà!

—Est-ce que tu voudrais insinuer...? commença Roger, qui fronça le sourcil.

Jean-François Vaterlot avait ce qu'il était venu chercher. Le renseignement conquis par lui valait bien la recherche faite par Léon Rodelet dans les cartons de maître Souëf (Isidore-Adalbert).

Il possédait désormais de quoi payer l'article du Journal des Débats.

Le sergent Niquet et l'adjudant Palaproie, comprenant vaguement que ce sujet d'entretien blessait leur bon ami Roger, étaient tout disposés à s'y cramponner, tant ils avaient l'âme bonne. Ce fut Barbedor lui-même qui changea brusquement la conversation.

Il donna une ronde poignée de main au cousin et dit:

—Des fois, en voulant prouver qu'on prend de l'intérêt aux amis, on a l'air de s'immiscer fâcheusement dans leurs affaires du particulier... Si j'ai commis une ou plusieurs gaucheries, l'intention n'y était pas réputée pour le fait... Tu as crânement marié ta fille, cousin; tant mieux pour elle et pour toi: je n'en éprouve que le plaisir le plus sincère de t'en adresser mon compliment... En raison de quoi, débouchons-en une nouvelle et chantons sans rancune des hymnes patriotiques en l'honneur de Bacchus!

Roger ne repoussa point la main qu'on lui tendait, mais un nuage resta sur son front, tandis que Niquet, Palaproie et Jean-François entonnaient une de ces chansons militairement rabelaisiennes, où l'on se moque des moines, des nonnes, des prêtres, etc., etc., avec autant d'esprit que de cœur.