Ses paupières fatiguées battaient; sa main, d'ordinaire si preste, s'engourdissait à la besogne. Elle travaillait néanmoins; car, avec le prix de la broderie commencée, elle comptait porter à la pauvre vieille Émerance une potion et du vin.

Mais bientôt, vaincue par la lassitude, elle s'affaissa contre l'appui de la fenêtre et s'endormit à son insu.

Un léger mouvement se fit alors à la fenêtre de l'hôtel, qui s'ouvrait précisément en face de la sienne. Le rideau de magnifique mousseline s'écarta, une tête de jeune homme se montra.

Le jeune homme était beau. Sa physionomie peignait une admiration sans bornes. Tant que dura le sommeil de Béatrice, il resta en contemplation devant elle.

Quand Béatrice s'éveilla en sursaut, il se retira brusquement.

La belle enfant reprit sa tâche en se reprochant sa paresse. Elle travailla tant et si bien, qu'elle arriva au bout vers le tomber du jour.

Elle sauta joyeusement sur ses pieds.

—Comme ma bonne Émerance va être contente! se dit-elle.

Avant de jeter un fichu sur ses épaules pour aller faire ses pieuses emplettes, elle puisa de l'eau à la fontaine et arrosa ses fleurs,—ses seules amies,—dont les tiges, frappées par le soleil, s'inclinaient sur sa croisée.

Je ne sais comment cela se fit. Le beau jeune homme n'avait point quitté son poste d'observation. Il dut se pencher imprudemment pour mieux voir le geste tout gracieux de Béatrice, car celle-ci l'aperçut tout à coup.