—Atteignez mon peignoir, Jenny; je veux me lever.
Mademoiselle Jenny avait prononcé toutes ses réponses d'un ton parfaitement convenable. Elle n'était pas fille à briser les vitres trop tôt. Il y avait des choses, cependant, qu'elle voulait dire et qu'elle n'avait pu glisser. L'occasion avait manqué à mademoiselle Jenny. Il y a des traits qui ne valent que comme riposte. Mademoiselle Jenny prétendait trop sérieusement au bon ton pour perdre sa petite artillerie maladroitement et au hasard.
Une explication fondamentale avait eu lieu entre elle et M. Baptiste, cet autre fonctionnaire, plein de tact et d'acquit. Le résultat de cette explication avait été défavorable à Béatrice. On s'était mutuellement convaincu, à l'aide des arguments échangés, que madame la comtesse était perdue sans ressources. Roger, le terrible Roger, avec ses deux invalides et ce gros homme qui chantait des gaudrioles de barrière, Roger était une maladie incurable et mortelle.
Dans la position où était Béatrice, on ne se relève pas d'un père comme celui-là.
M. Baptiste et mademoiselle Jenny étaient unanimes sur ce point, qu'il eût mieux valu pour madame la comtesse avoir quelque faute grave sur la conscience. Les fautes graves amènent des conflits où la passion peut produire de superbes péripéties. Les fautes graves brisent quelquefois, mais elles marient souvent.
Tandis qu'un inconvénient vivant comme ce bon capitaine Roger est un infranchissable barrière.
Cela dépasse absolument les bornes. C'est inouï, absurde, invraisemblable. On n'a pas, rue Saint-Dominique, un beau-père comme cela. Affirmez que la chose est, chacun vous répondra: «Impossible!»
Mademoiselle Jenny et M. Baptiste, doués tous les deux d'un très-honorable flair, pressentaient donc décidément la catastrophe prochaine. Peut-être ne savaient-ils pas le menu de toutes les causes de ruine qui menaçaient cette union, cimentée sous de si charmants auspices; peut-être ignoraient-ils la meilleure part des secrets communs à ce bon M. Garnier de Clérambault et à madame la marquise de Sainte-Croix, mais ce qu'ils connaissaient était suffisant.
La marquise et son Garnier étaient les assiégeants; ils devaient entrer dans cette place si mal défendue.
Ils avaient pour eux la détresse même de l'assiégé, outre cette machine de guerre irrésistible: la beauté souveraine de Maxence.